14 juillet 1994… François-Tien.
Encore un gosse en perdition, amené par un jeune de la maison.Emu par son histoire, nous n’avons pas vu passer l’heure :
L’Evangile du jour, c’est celui de la lumière du monde, du sel de la terre :
Torrent de larmes. Trois jours plus tard, le revoila :
La maison est pleine. On va se serrer. François-Tien rayonne. Il nous rejoindra pour le 14 juillet à la maison Notre Dame d’Erquy. Beaucoup y ont pris les premières vacances de leur vie, à l’abri de ces banlieues si dangereuses l’été. Les anciens lui décrivent le jogging dans la lande, les repas en plein air, les parties de volley à la limite des vagues, la réunion du soir dans la petite chapelle, les paniers de prunes apportées par les religieuses, sans oublier les révisions. Le 10 il nous appelle tout heureux : « Plus que quatre jours ! ». Mais le 14, c’est sa maman en larmes : un jeune de la bande a voulu le ramener en voiture : une vitesse excessive, un poteau électrique, un conducteur drogué. Il allait avoir dix-huit ans.
La pauvre femme n’a qu’une idée, nous confier l’urne où elle conserve les cendres de son petit, finir sa vie au service des autres jeunes, gratuitement, bien sur. Elle apporte en cadeau le peu de vaisselle qu’elle possède…
*
« Il était droit, il a plus à Dieu qui l’aimait ; mais comme il vivait au milieu des pécheurs, il en a été retiré. Dieu l’a retiré de peur que le mal ne corrompe son jugement, ou que son âme se laisse égarer par le mensonge.
Car la fascination du mal occulte les vraies valeurs et les appels du désir ébranlent une âme sans malice. Il a vite terminé mais il avait fait un long chemin. Son âme était précieuse pour le Seigneur, c’est pourquoi il l’a vite retiré de la corruption environnante… Le juste qui meurt condamne les impies qui survivent ; une vie jeune arrivée tôt à la perfection, dénonce la vieillesse interminable des mauvais ». (Livre de la Sagesse, 4, 1-7).
*
Les maisons « Marcel Van » de Montparnasse où le Seigneur se manifesta à lui, « Notre Dame » d’Erquy où nous l’attendions,« Saint Grégoire » de Rungis où sa pauvre maman voulait finir sa vie, ont toutes été fermées en 2001. Plus encore, c’est la Bible elle-même, celle que nous lisions tous ensemble, qu’ils ont saccagée. François Tien n’aurait pas compris, il en serait mort spirituellement, il se serait révolté peut-être. Dieu a eu pitié de son enfant.
*
« Je proclamerai ta grandeur, Père, Seigneur du ciel et de la terre, car tu as caché ces choses aux sages comme aux intelligents et tu les as révélées à des tout-petits ». (Mt 11,25 en exergue de la Bible des Peuple »).
